À l’approche des débats budgétaires et de la campagne présidentielle, la question de l’équité entre générations revient au premier plan. Niveau de vie, retraites, dépenses publiques, patrimoine et fiscalité : deux économistes proposent des lectures différentes de la situation.
Faut-il considérer que les retraités sont aujourd’hui mieux protégés que les jeunes générations ? Ou faut-il au contraire dépasser les comparaisons par âge pour regarder les revenus sur l’ensemble de la vie ?
Hippolyte d’Albis, professeur à l’Essec Business School, et Maxime Sbaihi, directeur stratégique du Club Landoy, confrontent leurs analyses sur ce sujet devenu central dans le débat public.
Deux façons de lire les écarts entre générations
Pour Hippolyte d’Albis, il faut éviter de comparer uniquement les niveaux de vie à un instant donné. Il estime qu’il est plus pertinent de raisonner sur l’ensemble du cycle de vie et sur les revenus cumulés d’une génération à l’autre.
Selon lui, les générations récentes ont globalement bénéficié d’un niveau de vie supérieur à celui des générations précédentes, même si cela n’efface pas les difficultés rencontrées aujourd’hui par une partie de la jeunesse.
Maxime Sbaihi insiste au contraire sur le fait que le niveau de vie moyen des retraités est aujourd’hui proche de celui des actifs, alors qu’il lui était nettement inférieur dans les années 1980.
Retraites : protection légitime ou déséquilibre ?
Les retraites de base sont indexées sur l’inflation depuis les années 1990. Pour Hippolyte d’Albis, cette évolution a déjà réduit le pouvoir d’achat relatif des retraités et contribué à contenir le poids des retraites dans la richesse nationale.
Maxime Sbaihi considère au contraire que la protection du pouvoir d’achat des retraités a parfois conduit à réduire les marges de manœuvre sur d’autres dépenses publiques.
Faut-il davantage solliciter les retraités ?
Maxime Sbaihi estime que les actifs supportent aujourd’hui une charge croissante et devront travailler plus longtemps sans garantie de bénéficier du même niveau de retraite que les générations précédentes.
Il plaide notamment pour faciliter les transmissions de patrimoine plus tôt dans la vie, afin que les jeunes générations puissent en bénéficier à un âge où elles en ont davantage besoin.
Hippolyte d’Albis considère lui aussi que les retraités devront probablement participer aux efforts futurs, mais il privilégie une approche fondée sur la progressivité des prélèvements et non sur l’âge seul.
Un enjeu avant tout démographique
Les deux économistes s’accordent sur un point : la transformation de la pyramide des âges bouleverse le financement du modèle social.
La France compte aujourd’hui beaucoup plus de retraités qu’il y a cinquante ans, et la durée moyenne passée à la retraite a fortement augmenté.
Cette évolution oblige à repenser l’équilibre entre cotisations, pensions, dépenses de santé, dépendance et solidarité entre générations.
Source :
Les Échos – Nathalie Silbert et Solenn Poullennec – 18 août 2026.
Article : « Des jeunes sacrifiés, des retraités épargnés ? L’équité entre générations divise les économistes ».


