Parce que le métier de Manpower a tout son sens pour beaucoup de personnes en situation de précarité.
Dans un marché du travail en transformation, l'accompagnement et le suivi des Talents est un point fort des équipes en agence Manpower.
---------------------------------------------
« Jamais tranquille » : l’épuisante recherche du prochain contrat pour les millions de Français en emploi court
« Le travail morcelé » 2/5. Pour les plus de 6 millions de Français en emploi court et les 4,7 millions à temps partiel, il faut toujours penser au job d’après. Une course qui pèse sur le quotidien.
Source : Le Monde - publié le 03/02/2026
Par Anne Rodier et Jules Thomas
-----------------------------------------------
Courir après le prochain CDD, le prochain temps partiel ou la prochaine mission d’intérim. Pour les millions de salariés en emploi précaire (6,1 millions en contrat court et 4,7 millions à temps partiel fin 2025), décrocher un poste ne suffit pas. Il faut toujours penser à l’après. Une bonne partie de leur temps libre est alors consacrée… à la recherche de travail. Reléguant la vie privée au second plan. « Difficile de prévoir des activités régulières, quand l’activité est irrégulière », raconte Thibault, technicien dans le théâtre (les témoins cités sous leur seul prénom ont souhaité garder l’anonymat). Cet intermittent a fait une croix sur les activités sportives ou associatives devant l’impossibilité de s’engager. Il passe sa vie à parcourir la France, mais prévoir des vacances est compliqué. « Difficile de trouver un espace détaché entre travail et non-travail », résume-t-il.
Dans la durée, cela signifie « avoir des craintes pour [son] emploi, devoir changer de qualification ou de métier », expliquent les chercheuses Véronique Rémy et Véronique Simonnet, dans une récente analyse de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques portant sur les caractéristiques de l’emploi temporaire. Selon cette étude publiée en mars 2025, ces travailleurs précaires sont significativement plus exposés à l’insécurité de l’emploi que ceux en CDI. L’indicateur d’insécurité (fondé sur la crainte pour son emploi, l’obsolescence de sa qualification, la facilité à retrouver un poste sans perte de revenus) est de 0,46 pour les intérimaires, 0,42 pour les CDD et… 0,33 pour les CDI.
Les jeunes sont particulièrement exposés, dans un contexte de contraction du marché de l’emploi et de concurrence entre diplômés. En 2024, un quart des 15-24 ans étaient en CDD ou en intérim (contre 9,1 % des 25-49 ans), selon l’Institut national de la statistique et des études économique (Insee), et 22 % à temps partiel. Ils sont davantage concernés par le sous-emploi, cette inconfortable position où l’on travaille moins d’heures que ce qu’on voudrait.
« Loin du rêve vendu à l’école »
Julie ne dira pas le contraire. Durant son master en management qui s’est conclu en 2024, elle a accumulé trois stages de deux à six mois chacun et une alternance d’un an, dans le conseil et la transformation numérique. Tout cela pour se retrouver au chômage, et se résigner au bout d’un an à accepter un CDD de six mois à temps partiel en communication dans une PME, payé au smic. « J’ai dû revoir mes attentes après des centaines de candidatures refusées par manque d’expérience. On est bien loin du rêve vendu lors des conférences de l’école sur notre future employabilité, nos salaires à plus de 40 000 euros par an… », témoigne-t-elle, désabusée.
L’errance de ces débuts de carrière est nourrie, selon Florence Ihaddadene, maîtresse de conférences à l’université de Picardie-Jules-Verne, par certains choix en matière de politiques publiques d’insertion des jeunes : « Stage, alternance, volontariat, service civique… tout cela segmente le marché de l’emploi avant même que l’on y entre. Côté employeur, ces dispositifs deviennent une sorte de période d’essai avant d’embaucher. Mais ils construisent surtout des travailleurs adaptés à la précarité de l’emploi. »
Fatiguée de devoir recommencer ce travail harassant de recherche d’emploi à la fin de son CDD, Julie n’exclut pas de se lancer en microentrepreneuse. C’est dire. Tant le quotidien des microentrepreneurs, c’est aussi la peur du lendemain.
Maxime, quinquagénaire parisien, a travaillé pour la conciergerie de quartier Lulu dans ma rue pendant une période de chômage, pour compléter ses revenus en effectuant des missions de bricolage à domicile, sous statut de microentrepreneur. « C’était la course, dit-il, il fallait optimiser les tournées pour en faire un maximum, et arriver à un revenu convenable, en réalité de quelques centaines d’euros par mois. D’autant qu’on était en concurrence les uns avec les autres. »
La majorité des 600 000 travailleurs de plateformes (en 2023, selon le ministère du travail) peuvent en parler des heures durant. Ils cumulent les inconvénients du statut d’indépendant, à savoir une protection sociale moindre ou l’absence de congés payés, avec ceux du salariat, puisque les applications qu’ils utilisent leur imposent un certain nombre de contraintes, à commencer par le prix des missions qu’ils effectuent. « La plupart des livreurs à vélo acceptent n’importe quel prix sur n’importe quelle distance pour pouvoir manger, on n’est pas dans la position de refuser », témoigne Barry, livreur à vélo sans papier à Amiens.
« Précarité subjective »
Mais le sentiment de n’être jamais tranquille n’est pas réservé aux précaires. « Les nouvelles organisations du travail entretiennent la peur de ne pas pouvoir conserver son emploi, de l’insoutenabilité du travail jusqu’à la retraite, que ce soit par le management ou des objectifs inatteignables », souligne Marie Pezé, psychologue du travail et fondatrice du réseau Souffrance et travail, qui parle de « précarité subjective ». A cela s’ajoute le manque de temps, « devenu une norme pour les salariés », selon le baromètre de l’Observatoire de la qualité de vie au travail, publié en décembre 2025.
Les dégâts sur la santé en sont le corollaire. Ainsi, « 70 % des représentants du personnel ont constaté une dégradation de la santé mentale des salariés depuis la pandémie de Covid-19 », a expliqué Claire Morel, membre du comité de direction du cabinet Syndex, lors de la présentation, le 22 janvier, du huitième baromètre annuel sur le dialogue social. Outre l’augmentation des burn-out, Marie Pezé observe aussi l’impact que cela peut avoir sur la vie de famille, la natalité…
Les inquiétudes ne s’atténuent pas non plus forcément avec la stabilité de l’emploi. Jean-Noël Bergez, 61 ans, agent d’exploitation logisticien dans une même entreprise pendant vingt ans, y a vécu l’intranquillité jusqu’à l’épuisement professionnel, qui a failli lui être fatal. Lorsque, au dernier plan de restructuration, son employeur a refusé son mi-temps thérapeutique, il a vécu son licenciement pour raison de santé « comme un soulagement ». C’était avant de se confronter à France Travail : « Ils m’ont fait comprendre que, vu mon âge, ils ne pouvaient pas grand-chose pour moi. » Il enchaîne alors les dispositifs de réinsertion : le Parcours emploi santé, un module de reconversion dit « Activ’projet », puis enfin le dispositif « Territoires zéro chômeurs de longue durée ». Le tout pour obtenir un contrat d’un an l’amenant jusqu’à la retraite. Il reconnaît aujourd’hui : « Je ne voyais pas du tout ma carrière professionnelle se terminer comme ça. »